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Lun, Oct

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Introduction

"Identité", "chocs culturels", "préjugés", "racisme" sont des termes fréquemment présents dans les débats actuels et qui soulèvent des prises de position passionnées.

Il nous a donc paru pertinent, comme base à la réflexion, de nous pencher au préalable sur ce qui se "cache" derrière ces termes et ce que cela implique en terme de "vivre ensemble" et par là même, de susciter chez le lecteur une réflexion personnelle en la matière.

Il s’agit de se poser les questions suivantes: qui est-on? (l’identité et la pluralité des appartenances), d’où vient-on? (la culture d’origine), qui sont "les autres"? Et enfin, de voir quelles sont les difficultés susceptibles d’apparaître lors de la rencontre avec "l’autre" (chocs culturels, préjugés, racisme) et comment tenter de les dépasser?

L’objectif est de sensibiliser à la variété des modèles culturels tout en faisant prendre conscience que les paramètres socio-culturels en vigueur dans le pays d’origine ne sont pas nécessairement tous transposables tels quels dans le pays où l’on vit désormais.

Faire percevoir le caractère culturel d’une pratique n’exclut pas la possibilité de porter un regard critique sur celle-ci ni de la modifier.

Tout l’enjeu est de savoir comment ne pas trahir qui l’on est tout en ne se mettant pas, pour autant, à la marge de la société où l’on vit désormais.

La question de l’identitétip

"Mon identité, c’est ce qui fait que je ne suis identique à aucune autre personne".

A. Maalouf

Assumer toute sa diversité

L’identité de chaque personne peut être constituée d’une foule d’éléments comme l’appartenance à:

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  • une nationalité, parfois deux,
  • un groupe ethnique ou linguistique,
  • une tradition religieuse
  • une famille plus ou moins élargie,
  • une profession, une entreprise
  • une institution,
  • un certain milieu social
  • une province, un village, un quartier,
  • un syndicat, un parti,
  • une association, une communauté de personnes ayant les mêmes opinions, les mêmes passions, les mêmes préférences sexuelles,…

Mais la liste est virtuellement illimitée.

Toutes ces appartenances n’ont évidemment pas la même importance, en tout cas pas au même moment. Mais aucune n’est totalement insignifiante. Ce sont les éléments constitutifs de la personnalité.

Notons, cependant que si l’identité est faite de multiples appartenances, elle est pourtant "une" et nous la vivons comme un tout. L’identité d’une personne n’est pas une juxtaposition d’appartenances autonomes.

 

Ne pas réduire l’identité entière à une seule appartenance

À toutes les époques, il s’est trouvé des gens pour considérer qu’il y avait une seule appartenance majeure, tellement supérieure aux autres en toutes circonstances qu’on pouvait légitimement l’appeler "identité". Pour les uns, la nation, pour d’autres la religion ou la classe sociale. Mais il suffit de promener son regard sur les différents conflits qui se déroulent à travers le monde pour se rendre compte qu’aucune appartenance ne prévaut de manière absolue. Là où les gens se sentent menacés dans leur foi, c’est l’appartenance religieuse qui semble résumer leur identité entière. Mais si c’est leur langue maternelle et leur groupe ethnique qui sont menacés, alors ils se battent farouchement contre leurs propres coreligionnairestip.

S’il existe, à tout moment, parmi les éléments qui constituent l’identité de chacun, une certaine hiérarchie, celle-ci n’est pas immuable, elle change avec le temps et modifie en profondeur les comportements.

L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence.

Ce qui détermine l’appartenance d’une personne à un groupe donné, c’est essentiellement l’influence d’autrui. L’apprentissage commence très tôt, dès la première enfance avec ses croyances familiales, ses rites, ses attitudes, ses conventions, sa langue maternelle, ses frayeurs, ses aspirations, ses préjugés,… mais aussi les moqueries et les rejets que l’on sera amené à vivre en raison de l’une ou l’autre différence minime ou majeure. Ce sont aussi ces blessures qui déterminent, à chaque étape de la vie, l’attitude des hommes à l’égard de leurs appartenances et la hiérarchie entre celles-ci.

De manière générale, on a souvent tendance à se reconnaître dans son appartenance la plus attaquée. L’appartenance qui est en cause (couleur, religion, langue, classe,…) envahit alors l’identité entière. Ceux qui la partagent se sentent solidaires, ils se rassemblent, se mobilisent, s’en prennent à ceux d’en face…

Mais, si l’on conçoit son identité comme étant faite d’appartenances multiples, il n’y a plus simplement "nous" et "eux". Il y a désormais de "notre" côté, des personnes avec lesquelles nous n’avons finalement que très peu de choses en commun et il y a de "leur" côté, des personnes dont nous pouvons nous sentir extrêmement proches.

Identité et migration

Dans les nombreux pays où se côtoient une population autochtone et une autre population, plus récemment arrivée et qui porte des traditions différentes, des tensions se manifestent qui pèsent sur les comportements de chacun, sur l’atmosphère sociale, sur le débat politique. Pour Amin Maalouf, il est d’autant plus indispensable d’éviter les conceptions extrêmes:

  • La première de ces conceptions extrêmes est celle qui considère le pays d’accueil comme "une page blanche où chacun pourrait écrire ce qui lui plaît ou (…) comme un terrain vague ou chacun pourrait s’installer (…), sans rien changer à ses gestes ni ses habitudes".
  • L’autre conception extrême est celle qui considère le pays d’accueil comme une page déjà écrite et imprimée une fois pour toutes, les immigrants n’ayant plus qu’à s’y conformer.

Au contraire de telles attitudes, il propose d’envisager la question sous la forme d’un "contrat moral" auquel chacun devrait faire l’effort de répondre:

  • Qu’est-ce qui, dans la culture du pays d’accueil, fait partie du bagage minimal auquel tout individu est censé adhérer et qu’est-ce qui peut être légitimement refusé ou contesté?

La même interrogation étant valable concernant la culture d’origine des immigrés:

  • quelles composantes de cette culture méritent d’être transmises au pays d’adoption et quelles habitudes et pratiques devraient être "laissées au vestiaire"?

Tout l’enjeu est d’assumer (sans trop de déchirement) cette double appartenance qui constitue une richesse et non un handicap:

  • maintenir son adhésion à sa culture d’origine, ne pas se sentir obligé de la dissimuler comme une "maladie honteuse" et parallèlement,
  • s’ouvrir à la culture du pays d’accueil.

Identité et universalité

Le postulat de base de l’universalité, c’est de considérer qu’il y a des droits inhérents à la dignité de la personne humaine, que nul ne devrait dénier à ses semblables à cause de leur religion, de leur couleur, nationalité, sexe ou toute autre raison.

La notion d’universalité suppose donc qu’il y a des valeurs qui concernent tous les humains, sans distinction aucune. Ces valeurs dominent tout parce que l’humanité, tout en étant multiple, est d’abord une. Toutes les personnes appartiennent à une seule et même famille, le genre humain. La prise en compte des spécificités culturelles ne veut pas dire une acceptation inconditionnelle des pratiques et coutumes; cela contredirait les droits fondamentaux de la personne humaine. Respecter des traditions ou des lois discriminatoires, c’est mépriser leurs victimes.

La "Déclaration Universelle des Droits de l’Homme" (DUDH) adoptée et proclamée par l’Assemblée générale des Nations uniestip est la première reconnaissance universelle du fait que les libertés et les droits fondamentaux sont inhérents à tout être humain, qu’ils sont inaliénables et s’appliquent également à tous, quels que soient la nationalité, le lieu de résidence, le sexe, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, la langue ou tout autre situation.

Ce texte servira, quelques années plus tard, de référence à la Convention européenne des droits de l’homme qui sera adoptée par le Conseil de l’Europe.

La "Déclaration universelle des droits de l’homme" adoptée et proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution 217 a (III) du 10 décembre 1948.

-890919666_Logo_UN_blauw-full.jpg Après la Deuxième Guerre mondiale et la création de l’Organisation des Nations Unies, la communauté internationale jura de ne plus jamais laisser se produire des atrocités comme celles commises pendant ce conflit. Les dirigeants du monde entier décidèrent de renforcer la Charte des Nations Unies par une feuille de route garantissant les droits de chaque personne, en tout lieu et en tout tempstip.

La "Déclaration universelle des droits de l’homme" implique que tout ce qui concerne les droits fondamentaux des hommes et des femmes (dont celui de choisir librement sa vie, ses amours (article 16), ses croyances et convictions (article 18) dans le respect de la liberté d’autrui, le droit d’accéder sans entrave au savoir (article 26),…) ne peut être dénié sous un quelconque prétexte (croyance, tradition,…).

Extraits

« (…) Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande, (…)

L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des États Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction. »

  • Article 1: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. (…)
  • Article 16: (…) l’homme et la femme (…) ont des droits égaux au regard du mariage (…). Le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux (…).
  • Article 18: Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction (…).
  • Article 26: Toute personne a droit à l’éducation. (…) L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. (…)

La Convention européenne des Droits de l’Homme

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La Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales, usuellement appelée Convention européenne des Droits de l’Homme, a été adoptée par le Conseil de l’Europetip en 1950 et est entrée en vigueur en 1953.

Ce texte juridique international a pour but de protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales en permettant un contrôle judiciaire du respect de ces droits individuels. Il se réfère à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948.

Pour permettre ce contrôle du respect effectif des droits de l’homme, la Convention a institué la Cour européenne des Droits de l’Homme (mise en place en 1959) et le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe.

La Convention a évolué au fil du temps et comprend plusieurs protocoles. Par exemple, le protocole n°6 interdit la peine de mort, excepté en cas de guerre.

Son contenu:
  • Article n° 1: préambule: Obligation de respecter les droits de l’homme "Les Hautes Parties contractantes reconnaissent à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis au titre I de la présente Convention"
  • Article n° 2: droit à la vie
  • Article n° 3: interdiction de la torture et du travail forcé
  • Article n° 4: interdiction de l’esclavage
  • Article n° 5: droit à la liberté et à la sûreté
  • Article n° 6: droit à un procès équitable
  • Article n° 7: légalité des peines: Pas de peine sans loi
  • Article n° 8: droit au respect de la vie privée
  • Article n° 9: liberté de pensée, de conscience et de religion
  • Article n° 10: droit à la liberté d’expression
  • Article n° 11: droit à la liberté de réunion et d’association
  • Article n° 12: droit au mariage
  • Article n° 13: droit à un recours effectif
  • Article n° 14: interdiction de discrimination
  • Article n° 15: dérogations
  • Article n° 16: restrictions à l’activité politique des étrangers
  • Article n° 17: interdiction de l’abus de droit
  • Article n° 18: limitation de l’usage des restrictions aux droits
Protocoles additionnels
  • Protocole n°1: propriété, éducation, élections
  • Protocole n°4: emprisonnement civil, déplacements, expulsion
  • Protocole n°6: peine de mort
  • Protocole n°7: expulsion, appels criminels, compensation, double incrimination, égalité entre époux

Son texte intégral peut être consulté sur le site du Conseil de l’Europe

Le choc culturel

Définition de la "culture":

"Ensemble des formes acquises de comportement dans les sociétés humaines".

On reconnaît qu’il y a culturetip, au sens anthropologique et sociologique, quand des façons d’être sont considérées comme idéales ou normales par un nombre suffisant de personnes pour qu’il s’agisse bien de règles de vie collective.

La culture représente notamment l’expression de la relation d’un groupe avec son environnement. Elle est donc le reflet d’une perception du monde, d’un imaginaire collectif.

Elle est garante de la cohésion du groupe via l’internalisation par les personnes du groupe d’un système de valeurs, de normes, de représentations, c’est-à-dire le "code culturel". Celui-ci est l’objet d’un consensus profond et étendu.

"La culture est un univers mental, moral et symbolique commun grâce auquel les personnes peuvent communiquer, se reconnaissent des liens (positifs comme négatifs) et se sentent membres d’une même entité qui les dépasse" (Rocher).

Elle contribue aussi à la construction de l’identité de chacun.

Les composantes de la culturetip

Les composantes de la culture sont particulièrement variées:

  • les techniques et modes de production
  • les modes de vie (habitat, alimentation, habillement)
  • les coutumes et traditions
  • les religions, croyances, rites, représentations du monde (relation à la vie, à la mort, cosmogonie)
  • les relations entre les sexes
  • les statuts et rôles familiaux, sociaux,…
  • les structures et organisations sociales, familiales, sociales,…
  • l’éducation au corps, la ritualisation du corps
  • la relation au temps, à l’espace, à la nature
  • les codes de bienséance, de politesse
  • la langue
  • la communication non-verbale
  • le rapport au pouvoir
  • l’esthétique (le "bon goût", le "mauvais goût")
  • l’identité socio-culturelle
  • les normes

La culture n’est pas uniquement inhérente à une origine nationale ou ethnographique mais aussi à une classe sociale, à un milieu professionnel, une génération,… Dès lors, dans un même pays, certaines attitudes et normes sociales seront susceptibles d’être différentes selon que l’on soit issu d’un milieu privilégié ou "populaire", que l’on soit "jeune" ou "vieux", que l’on travaille dans une banque, un ministère, une agence de publicité ou une organisation non gouvernementale (ONG),…

Par ailleurs, la culture est en constante évolution. Les traditions sont inventées et/ou réinventées au fil du temps.

Les niveaux d’influence de la culture

L’anthropologue Clyde Kluckhohn (1905-1960) définit 2 niveaux de culture:

  • éléments culturels connus: ce qui est observable (ex: langue, histoire, coutumes, comportements externes)
  • éléments culturels inconnus: une culture intériorisée, moins perceptible (ex: croyances, valeurs, modes de pensée)

Le concept de "choc culturel"tip

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Tout le monde est porteur de culture. Il n’est donc pas étonnant que le choc culturel finisse par surgir.

Même si ce choc porte fréquemment sur des faits en apparence banals, il est cependant souvent à l’origine de mésententes, d’incompréhension et de malaise. De pareils incidents touchent des zones sensibles, réveillent des angoisses. Ce choc a pour origine la sensibilité des personnes et leur histoire personnelle mais aussi:

  • le système de valeurs: les valeurs morales, philosophiques et religieuses, les attitudes sociales, les règles de politesse, les codes de communication verbale et non verbale, l’attitude face au monde du travail…
  • le cadre de références héritées de la culture propre à chacune d’entre elles.

Le cadre de référence est constitué notamment des valeurs, croyances auxquelles on est attaché ou au contraire que l’on refuse. Il guide et donne sens aux perceptions de chaque individu. Il n’est pas neutre, il agit comme un filtre et influence la perception des situations, des personnes, de soi-même. Il peut conduire à préjuger, à émettre des a priori, des stéréotypes individuels ou sociaux. Différentes sources interviennent dans son élaboration dont:

  • l’histoire familiale
  • l’empreinte socio-culturelle
  • les expériences personnelles

Ce ne sont pas toutes les spécificités culturelles en général qui vont être prépondérantes mais celles que les acteurs jugent significatives. Elles peuvent influencer la vie quotidienne ou se limiter à certains secteurs.

Ce qui parait, pour chacun d’entre nous, le plus déroutant et critiquable chez l’autre est révélateur de nos propres normes, valeurs, représentations, idéologies.

Dans certains cas, ces différences peuvent être perçues comme un retour de l’archaïsme, c’est-à-dire le retour de modèles que la société moderne a éliminés ou tente d’éliminer (ex: émancipation de la femme, la reconnaissance de l’homosexualité,…). Ces acquis de la modernité (souvent encore non stabilisés) sont perçus comme menacés lors de rencontres avec leur "anti-modèle", faisant craindre leur régression ou leur perte.

Par ailleurs, certaines attitudes liées en particulier à la ritualisation du corps et des codes de politesse peuvent également paraître intolérables.

Les chocs peuvent exister aussi au sein de groupes à première vue homogènes culturellementtip

On peut se demander si la force des chocs culturels n’est pas liée tout autant à la distance séparant deux cultures dans une zone donnée qu’à l’existence de positions idéologiques conflictuelles pré-existant au niveau intra ou inter-individuel, entraînant des attitudes de révolte ou des comportements rigides.

Même des sociétés ou des groupes à première vue homogènes culturellement sont traversés et travaillés par la différence (sexes, familles, classes sociales, âges, sous-groupes d’appartenance divers, convictions: progressistes/conservateurs, croyants/athées,…). Ainsi, par exemple, le clivage laïque/religieux existe également au sein du "monde arabo-musulman" comme le montre notamment le débat lié au port du voile dans certains pays (ex: Turquie).

Il importe donc de ne pas confondre différents registres. On peut très bien partager une même culture mais se situer très diversement sur l’axe "tradition-modernité" et sur celui de la hiérarchie sociale et ceci est vrai tant au niveau des "cultures allogènestip" que des "cultures autochtonestip". Par ailleurs, même les valeurs partagées ne sont pas hiérarchisées par tous de la même manière.

Les principales zones sensiblestip

Ces chocs culturels se situent notamment au niveau de:

  • la perception différente du corps, de la pudeur (et de la sexualité)
    Exemple: Pour les naturistestip, la pudeur peut s’exprimer par le regard et l’attitude, et non par le fait de cacher telle ou telle partie du corps qui serait “honteuse”.
  • la perception différente de l’espace
    Exemple: structuration de l’espace en fonction des sexes (pas de mélange hommes/femmes) ou, au contraire, mixité
    Exemple: distance physique à maintenir (entre les personnes): intime, proche ou éloignée
  • la perception différente de la dimension sacré/profane
    Exemple: religion au centre de la vie individuelle et sociale ou, au contraire, religion maintenue strictement dans la sphère privée
    Exemple: manifestation importante du rituel et des symboles religieux ou, au contraire, intériorisation.
  • la perception différente du temps
    Exemple: notion d’un temps à économiser, gérer, organiser ("le temps, c’est de l’argent"), importance de la ponctualité ou au contraire représentation d’un temps qui s’écoule lentement.
  • la différence dans la structure du groupe familial (conception de ce qu’est la famille, type de famille, répartition des rôles hommes/femmes, modes de communication, de contrôle social, socialisation des enfants)
    Exemple: famille élargie, le fait de devoir servir sa belle-famille, de vivre avec elle,…
  • la différence de la conception de l’individu (et de sa place)
    Exemples concernant le concept d’autonomie et d’indépendance
    • valorisation du fait de gagner sa vie, vivre indépendamment de ses parents, préserver son intimité (conception individualiste de la personne)
    • ou au contraire valorisation de l’appartenance et de la fidélité au groupe (conception communautaire) et nécessité d’y tenir la place et le rôle assignés. Dans ce dernier cas, les intérêts du groupe prévalent sur ceux de l’individu. À la limite, l’indépendance d’un membre est un danger pour la cohésion du groupe d’appartenance
  • les différences en termes de relations hommes/femmes
    Exemples:
    • révolte contre une dynamique d’homme dominateur, exigeant de la femme virginité, soumission,…. Affirmation des principes de libre-choix de la jeune fille de disposer de son corps (droit au plaisir, à la contraception, à l’avortement,…).
    • Ou, au contraire, image de la femme et de la sexualité étroitement liées à une représentation religieuse de l’univers, de l’ordre social, associée au fondement de l’honneur familial et de l’identité ethnique.
  • us et coutumes: hospitalité, dons, codes de bienséance, échanges,..
  • les représentations du changement culturel
    Exemple:
    • idée que si on est instruit, qu’on occupe un haut statut social, qu’on est jeune, qu’on paraît occidentalisé, on ne peut partager des idées jugées comme rétrogrades, portées par des traditions jugées dépassées.
    • conviction que pour garder son identité, il faut garder certains principes de façon très rigoureuse et que c’est une façon de se "conserver".

Stéréotypes et préjugéstip

Les stéréotypes et préjugés s’inscrivent dans une tendance spontanée de l’esprit humain à la schématisation qui constitue une tentative pour maîtriser, appréhender, ordonner et systématiser son environnement. La psychologie sociale a mis en lumière combien les stéréotypes constituent un élément fondamental des relations intergroupes.

Dans ce cadre, un individu sera assigné à une catégorie à partir de certaines caractéristiques (comme son type physique) et en négligeant les autres. Cette assignation à une catégorie conduira à attribuer à l’individu en question toutes les caractéristiques de la catégorie.

De manière générale, plusieurs mécanismes interviennent dans la perception de l’étranger:

  • un effet de contraste qui tend à accentuer les différences entre les ressortissants appartenant à des nationalités distinctes;
  • un effet de stéréotypie qui conduit à percevoir un étranger à travers des représentations sociales toutes faites portées par la culture d’appartenance et à penser que tous les ressortissants d’une même nationalité correspondent à ces "prototypes";
  • un effet d’assimilation qui amène à accentuer les ressemblances entre les individus de même nationalité.

La représentation que l’on peut se faire d’un étranger est un phénomène complexe faisant intervenir des éléments multiples et hétérogènes (d’ordre cognitiftip, affectif, comportemental, idéologique…). Certains peuvent être préalables à toute rencontre; ils naissent moins du contact avec l’autre que de l’imprégnation du climat ambiant, des images culturelles issues de l’histoire et transmises par le discours social, le milieu familial, les médias.

Mais les stéréotypes ne sont pas seulement de l’ordre des préjugés. D’autres peuvent naître du contact lui-même.

Les perceptions seront influencées pour une part par les représentations préalables qui ont tendance à s’autovalider (on croit voir les gens tels qu’ils sont parce qu’on pense qu’ils sont tels qu’on les voit). Mais elles proviennent aussi de l’expérience directe.

Toutefois, étant donné que cette expérience est toujours partielle (le contact se fait avec des gens appartenant à certains milieux sociaux, habitant telle ville, située dans telle région), il s’agit d’une sorte d’’’illusion métonymique’’ qui consiste à prendre la partie pour le tout.

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Par ailleurs, la réalité de l’autre est toujours subjective, c’est-à-dire saisie et interprétée par une subjectivité particulière (par un regard ego-, socio- et ethno-centrique).

La perception de l’autre est toujours "relationnelle", c’est-à-dire qu’elle n’implique pas seulement l’objet perçu, mais aussi le sujet percevant et la relation qui s’établit entre eux.

Les attitudes "racistes"tip

Ces attitudes peuvent avoir des objets très différents et accompagnent, en fait, toute structure sociale. Comme les autres préjugés, les attitudes racistes sont le résultat de la socialisation (mécanismes généraux liés à la formation des attitudes): les enfants, très tôt, apprennent à appartenir à un groupe, une collectivité et à exclure ceux qui n’en font pas partie. C’est l’idée du "nous" et des "autres".

Dans les attitudes dites "racistes", toutes les différences sont identifiées et font l’objet de réactions émotionnelles, de jugements moraux ou esthétiques: couleur de la peau, langues parlées, préférences alimentaires, manières de table, habillement, soins corporels, pratiques religieuses, comportements de loisirs, œuvres culturelles, types de famille, comportements sexuels, modes d’éducation des enfants, etc.

La psychologie sociale a mis en évidence certains mécanismes fondamentaux et le plus souvent inconscients qui caractérisent la genèse des attitudes dites "racistes":

  • les attitudes dites "racistes" correspondent à un besoin de sécurité: manifester son hostilité à l’égard de ceux qui sont différents témoigne de l’attachement que l’on éprouve à l’égard de son groupe d’appartenance. Ces attitudes traduisent la peurtip; peur de voir le modèle collectif auquel on se sent appartenir se corrompre, se voir envahir et puis disparaître sous la pression d’envahisseurs. Il est frappant de constater combien les cultures visées par les exactions racistes constituent elles aussi -et précisément- des groupes perçus comme relativement homogènes.
  • elles correspondent également à un besoin de projeter ses sentiments, ses émotions sur un bouc émissaire sur lequel on reportera sa hargne ou son anxiété: Le bouc émissairetip est une figure sociale classique; de tous temps, les hommes ont eu tendance à rendre responsable l’un d’entre eux ou un groupe, quel qu’il soit, des maux dont ils souffrent et à faire expier cette faute par l’exclusion ou le sacrifice. Les exemples sont innombrables quels que soient les époques, les cultures ou les continents.
  • elles correspondent aussi à un besoin de rationalisation: on justifie ses sentiments ou ses comportements en se référant à des préjugés qu’on veut croire rationnels. L’être humaintip est incapable d’assumer ce qui lui arrive sans lui attacher une nécessité et une causalité.

Il est important de considérer les situations, les conditions du milieu pour rendre compte de la genèse de ces systèmes d’idées et de leur paroxysme éminemment variable selon les contextes sociaux et les époques.

Les attitudes "racistes" doivent être mises en rapport avec les distances entre les classes sociales, les groupes, les minorités, tous les ensembles qui composent une société. Les distances à prendre en compte sont diverses: socio-économiques tout d’abord, mais aussi en termes culturels.

D’aucunstip considèrent que ces attitudes sont les rationalisations des angoisses éprouvées par les individus face à des structures ne parvenant pas à les intégrer. Ainsi, une étude concernant les préjugés à l’égard des Chinois en Californie montre une évolution très sensible des préjugés strictement parallèle à l’évolution économique. Considérés au départ (1850) comme des "travailleurs sobres" et "honnêtes", les préjugés anti-Chinois se cristallisent et se précisent au fur et à mesure que la situation économique se dégrade. Ils entrent en compétition avec "les Blancs" pour des travaux de basse qualification et commencent à être qualifiés de "parasites", "fourbes", "fainéants",…

Dans cette perspective, tout changement social susceptible d’altérer la distance entre les groupes, de changer les catégories d’amis en ennemi, d’entraîner de nouvelles formes de solidarité sont particulièrement susceptibles d’entraîner ces "inimitiés" organisées que sont les attitudes racistes.

Ainsi, le contexte actuel de crise caractérisé par une inadéquation croissante entre l’offre et la demande de travail et par des risques accrus de marginalisation réunit toutes les conditions pour voir s’intensifier des manifestations de racisme et de xénophobie.

On notera, enfin, que les attitudes dites "racistes" ne sont pas toujours exprimées ouvertement. Le degré de liberté avec lequel des questions chargées d’affectivité sont évoquées, dépend de la situation. Quand un certain consensus règne pour considérer qu’il est malséant d’énoncer des propos racistes, les propos se cantonnent généralement à un niveau d’expression assez superficiel qui donne une piètre base pour évaluer l’intensité réelle des "attitudes racistes". Il faudrait savoir ce que l’individu dit lorsqu’il est à l’abri de toute critique, ce qu’il pense mais ne dit pas, ce qu’il pense mais n’admet pas vis-à-vis de lui-même, ce qu’il adopte comme comportement en cas de crise, de problèmes aigus que connaît son groupe d’appartenance,…

Le terme "raciste" est-il toujours approprié? : un débat complexe

L’invocation du "racisme" est la principale manière que l’on a depuis plus de 30 ans d’expliquer en Europe les phénomènes de ségrégation qui perdurent à l’égard des nouveaux entrants. Pour comprendre ce qui empêche la réalisation du nouveau monde commun, on se fie essentiellement à cette notion en disant que l’on assiste à une résurgence et à un redéploiement du racisme sur le vieux continent.

Toutefois, si un grand nombre d’immigrés, surtout parmi ceux d’origine non-européenne, rencontrent des manifestations de rejet, est-ce du racisme à proprement parler?

Les personnes qui se disent elles-mêmes racistes ou que l’on désigne comme racistes adhèrent-elles au dogme racial qui prétend qu’il y a un déterminisme biologique ou culturel indépassable qui hiérarchise les races entre elles? Ou bien, ce qui est tout autre chose, veulent-elles dire qu’elles réagissent spontanément avec plus ou moins de difficultés vis-à-vis de la présence des nouveaux entrants?

Dénier à ceux qui n’appartiennent pas au même groupement culturel que soi une humanité que l’on partage avec eux, c’est du racisme caractérisé. Mais ce n’est pas la même chose que de reconnaître l’existence de conflits qui découlent d’appartenances identitaires qui distinguent les personnes ou même les opposenttip.

Les relations à l’autre (à "l’étranger")tip présentent toujours (dans toute société) une double dimension:

  • celle du stéréotype et du préjugé qui s’ancre dans un processus appris de catégorisation et d’attribution;
  • et celle de la différence réelle des codes, des "habitus", des systèmes de valeurs, différence qui crée une distance.

Comme déjà souligné précédemment, chaque culture est porteuse de modèles, sortes de prototypes valorisés proposés aux individus (ainsi le modèle de l’honnête homme’’, du "gentleman", de la "femme-comme-il-faut"…). Ces modèles idéaux et prototypiques servent souvent de référence.

Dans certains domaines (la cuisine, l’esthétique, les arts…), la "différence" est souvent bien acceptée et même objet de curiosité, d’attirance et d’intérêt. Ces domaines valorisés sont d’ailleurs pris comme l’expression la plus haute de la culture (en liaison avec l’image de l’homme "cultivé" qui connaît et comprend). Mais il en va différemment lorsqu’elle touche aux valeurs et aux "habitus"tip les plus profonds qui sont constitutifs de l’identité propre.

La différence entraîne souvent des réactions violentes. Ainsi, certains comportements peuvent susciter des réactions de rejet. Il ne s’agit pas dans ce cas de "préjugés" mais d’un choc de valeurs et d’un jugement porté sur des comportements constatés qui entrent en contradiction avec les habitus de la culture propre.

Ce n’est pas seulement parce que les gens ont une image stéréotypée des étrangers et nourrissent des préjugés à leur égard qu’il existe des difficultés relationnelles. Certes, ces attitudes peuvent effectivement être sources de jugements négatifs, de rejets, de discrimination et d’incompréhension (ou à l’inverse de préjugés "positifs" qui peuvent avoir au niveau de leur pertinence autant de fragilité que les négatifs). Mais ce ne sont pas les seules sources de ces réactions.

Il y a dans l’acceptation de la différence un “seuil de tolérance” au-delà duquel cette différence devient difficile à supporter et n’est plus admise. À ce moment, le réflexe ethnocentrique réapparaît. C’est parce qu’ils heurtent des valeurs auxquelles on est profondément attaché que les comportements de l’autre sont alors jugés immoraux, choquants ou indécents. Ils remettent en cause les principes qui définissent sa propre identité et sont donc ressentis comme une agression justifiant une réponse de réprobation morale et de condamnation. Dans ce cas, c’est moins le préjugé ou le stéréotype qui suscite le conflit que la réalité même des différences culturelles (l’expérience du "voisinage" et des difficultés qu’il entraîne par exemple)tip.

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Proposition pour tenter de dépasser cette situation: l’apprentissage interculturel

La force et l’inertie des stéréotypes et des préjugés ne résultent pas seulement de l’ignorance, d’une forme d’obscurantisme ou d’une perversion morale. Elles tiennent aux diverses fonctions qu’ils remplissent dans la dynamique des relations interpersonnelles et intergroupes (fonctions de sécurisation, de réduction de l’incertitude, de comparaison sociale, de renfort de l’identité propre, d’auto-valorisation).

Dès lors, une piste pourrait être d’inciter chacun ("autochtones" et "étrangers") à s’engager dans une démarche de réflexion personnelle permettant aux personnes de mieux comprendre les facteurs, les mécanismes et les réactions qui interviennent dans la relation à l’autre.

Une première étape nécessaire de cette démarche est l’expression (dans un climat d’acceptation exempt de jugement) des stéréotypes, des préjugés, des représentations mutuelles en situation de rencontre effective.

Cette expression est un point de départ indispensable car il n’est possible de travailler que sur des représentations exprimées; c’est le matériel à partir duquel peut être mise en route une démarche auto-réflexive: ces représentations comment se sont-elles constituées? Quelle part y tiennent les préjugés et l’expérience? Au contact de quelles situations se sont-elles confirmées ou élaborées? Quels mécanismes perceptifs et socio-cognitifs mettent-elles en jeu? etc. Les réponses à ces questions conduisent à une prise de conscience des contextes et des mécanismes qui sous-tendent la perception de l’autre.

Une telle démarche peut permettre à chacun, s’il le souhaite, de modifier ses attitudes, à travers un dialogue avec l’autretip.

En bref, il s’agit d’avoir:

  • unedémarche de "décentration": prendre distance par rapport à soi-même en tentant de mieux cerner ses propres cadres de référence en tant qu’individu porteur de culture et sous-cultures intégrées dans sa trajectoire personnelle. Il s’agit de devenir conscient de sa propre culture et de son système de valeurs.
  • une ouverture à l’autre: il s’agit d’entrer dans la rationalité de l’autre sans en accepter nécessairement les prémisses et les aboutissements. Il s’agit de découvrir ce qui donne sens et valeur à l’autre et d’essayer de comprendre le cadre de référence de la personne avec qui l’on est en malentendu.
  • une démarche de médiation: l’étape de la négociation n’est possible que quand on est conscient de ce qui est important pour l’un et pour l’autretip.

Remarque Remarque; il convient cependant de ne pas oublier qu’il y a une différence énorme entre comprendre le point de vue de l’autre et l’accepter

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