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25
Mar, Avr

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Préambule

"Qu’est-ce que vivre ensemble" dans une société donnée, quand celle-ci évolue, sous la pression de toute  une série de facteurs socio-économiques et d’une réalité incontournable: une mixité culturelle toujours plus  importante de par l’arrivée de nombreuses personnes venant des quatre coins du monde, avec des  références, des modes de vie et des normes juridiques et sociales qui peuvent être très différentes?

Il n’est  pas toujours facile de "bien vivre ensemble". Les uns et les autres ne se sentant pas toujours respectés,  des heurts, des chocs culturels et des constructions négatives se développent alors sur "l’autre groupe".  Où et quand prenons-nous le temps de nous parler de ce que nous attendons les uns des autres, de ce que cela veut dire, "faire société" aujourd’hui? Où et quand tentons-nous de mettre à plat et d’exprimer ce que sont nos codes, normes et valeurs mutuelles? Nous entendons ici contribuer à cette nécessaire réflexion qui est peu, voire pas, menée  mais qui, pourtant, est sous-jacente un peu partout, dans l’expression des responsables politiques mais  aussi des citoyens, qu’ils soient Belges d’origine, devenus Belges plus récemment, de nationalité  étrangère et séjournant durablement en Belgique ou encore récemment arrivés en Belgique.

Cette réflexion que nous pensons nécessaire n’est pas un "apprentissage" à sens unique mais bien un  processus qui comprend des temps de transmission d’informations et des temps de réflexion partagée et  d’interrogations mutuelles. Pour que les nouveaux arrivants puissent être aidés à cheminer dans leur compréhension de la société dans laquelle ils ont pris pied et à cheminer dans la difficile et nécessaire construction de leur "identité en migration".

remarque Remarques; quand nous nous essayons à expliciter ce qui fait valeur en Belgique, nous n’exprimons pas les valeurs qui paraissent premières et fondamentales aux yeux du CIRÉ mais bien ce qui semble constituer les soubassements idéologiques dominants de notre société, au vu notamment d’analyses menées par divers sociologues. Il nous semble important d’en avoir conscience, quoi qu’on en pense et qu’on souhaite éventuellement construire d’autre.

Et il va de soi, pour nous, que le fait que les individus trouvent leur place dans notre société va évidemment dépendre grandement de l’opportunité qu’ils auront d’y trouver un emploi et de percevoir un salaire décent, et qu’il s’agit là d’un vecteur essentiel de l’intégration. Mais, ce n’est pas pour autant qu’il épuise la question du "vivre ensemble".

A propos du « vivre ensemble »

Lorsque l’on s’établit dans un pays que l’on ne connaît pas, un besoin d’informations se fait sentir. Si les  informations à caractère pratique, concernant une série de sujets touchant de manière plus ou moins forte le quotidien, sont importantes (démarches à accomplir, conseils, adresses…), d’autres informations le sont également, même si elles n’apparaissent pas d’emblée comme étant prioritaires. Ces informations touchent la question du "Vivre ensemble". Elles concernent les valeurs et les normes qui sont dominantes dans la société d’accueil à un moment donné.

Or, l’identification de ces valeurs et de ces normes est difficile. En effet, le cadre de référence des sociétés occidentales n’apparaît pas toujours clairement. Il est susceptible de varier en fonction des milieux dans  lesquels on se trouve (le milieu social, le milieu professionnel…) mais aussi, de manière plus générale, de l’éducation que l’on a reçue, de la génération à laquelle on appartient… et enfin, des convictions que l’on a  à l’égard de concepts tels que "l’autorité", "la norme" etc.

Ainsi, le fait que la culture occidentale n’offre pas pour chaque situation un ordre de conduite unique et  qu’elle accorde une grande importance à la liberté individuelle peut dérouter le migrant originaire d’un  milieu qui encadre l’individu de façon assez stricte et où les rapports sont fort axés sur l’autorité, voire lui  donner l’impression que tout est permis, comme le montre le témoignage d’un ancien primo-arrivant :

"Les primo-arrivants ont souvent l’impression que l’on peut tout faire ici. Les jeunes vont où ils veulent sans contrôle de la part de leurs parents. L’alcool (…) est disponible partout. Tu te demandes, comme nouvel arrivant,  comment cela est possible. Tu ne vois pas tout de suite qu’en échange de cette liberté, il y a une responsabilité. Les gens ici sont éduqués pour être libres mais apprennent aussi à prendre leurs responsabilités. (…)".

Or, ignorer qu’à côté de la liberté accordée, il y a la nécessité pour chaque individu de répondre de ses  actes et d’en subir les conséquences peut se révéler très problématique.

En effet, même si le cadre de référence n’apparaît pas toujours clairement et qu’il peut, pour certains  points, varier en fonction des différents sous-groupes sociaux composant la société, tout n’est cependant pas relatif et le non-respect de certaines normes sociales est susceptible d’entraîner des sanctions  sociales pouvant se manifester, par exemple, sous la forme de la réprobation ou du dédain.

Dès lors, au vu des difficultés citées ci-dessus, il nous a paru pertinent et important de nous pencher de manière approfondie sur cette question du "Vivre ensemble" afin de donner un panorama, le plus nuancé  et complet possible, des réalités de la société belge actuelle et tenter de rendre explicite un certain nombre d’éléments envisagés fréquemment de manière implicite.

Notre objectif n’est pas de convaincre du bien-fondé, ou non, des normes présentées mais bien d’informer de leur existence afin de limiter, autant que possible, les risques de malentendus et les tensions inutiles

Il nous semble que c’est une question de loyauté dans la mesure où la société a des attentes à l’égard de ses membres (migrants comme autochtones) et que ne pas exprimer ces attentes clairement, ni outiller correctement les nouveaux-venus, revient en quelque sorte à les leurrer ainsi qu’à limiter parfois  grandement les possibilités concrètes pour eux de participer activement, tant socialement (notamment par  la méconnaissance des codes en vigueur dans certains "environnement sociaux") qu’économiquement  (par la méconnaissance des codes du monde du travail) à la société, sans parler des sanctions sociales qu’ils risquent de connaître. Il s’agit donc, ici, de permettre au nouveau-venu de "décoder" les différentes situations auxquelles il est susceptible d’être confronté et de le  sensibiliser au caractère variable des codes en fonction de l’environnement social. Et ce, afin de lui permettre d’y évoluer le plus sereinement possible et de pouvoir agir en connaissance de cause, quel que soit son choix final de respect ou non des normes sociales présentées.

Dès lors, l’objectif poursuivi au-travers de ce cahier est à la fois d’informer les personnes sur un certain  nombre de sujets concrets mais également de leur permettre de mieux appréhender les cadres de référence, les dynamiques et enjeux actuels de la société dans laquelle elles vivent désormais et donc de  mieux comprendre leur nouveau contexte de vie. Cela passe notamment par un certain nombre de rappels historiques permettant de voir l’évolution qu’ont connue les sociétés occidentales en général et la société belge en particulier. Il s’agit en quelque sorte d’une mise en perspective. Mais, également, d’aborder la question de "l’identité en migration".

Pour ce faire, ce cahier propose un cheminement.

La fiche 1 a pour but de susciter la réflexion quant à qui l’on est et donc de voir ce que des notions comme  "identité" et "culture" signifient en pratique. Il s’agit également de se questionner quant aux difficultés  éventuelles qui peuvent surgir lors de la rencontre avec "l’autre".

La fiche 2 vise à définir précisément ce que l’on entend, au niveau sociologique, par les  termes de "normes" et "valeurs" afin de limiter d’emblée, autant que possible, les risques de malentendus.

La fiche 3 souhaite recadrer historiquement l’émergence et le développement des principales valeurs qui  dominent actuellement les sociétés d’Europe occidentale.

La fiche 4 propose un bref état des lieux de "qui" compose la société belge aujourd’hui en termes de nombre d’habitants, de nationalités présentes, de convictions religieuses et philosophiques et de statuts-socioéconomiques.

La fiche 5 vise à rappeler les grandes étapes de l’histoire de l’immigration en Belgique afin de mieux  comprendre l’origine de l’hétérogénéité culturelle de la société actuelle.

La fiche 6 identifie un certain nombre de normes juridiques et sociales de la société belge actuelle et  les met en relation avec les valeurs qui les sous-tendent.

Enfin, la fiche 7 propose des pistes pédagogiques susceptibles d’aider à l’exploitation du présent cahier.

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